Jeunesse

Des réfugiés sont venus échanger avec les classes de troisième du collège Jules Ferry jeudi 19 janvier. Un moment de partage riche en émotion et en enseignement.

« Mourir ailleurs plutôt que rester dans cette situation », Thomas 22 ans, originaire de Guinée

C'est devant un public attentif que Thomas, originaire de Guinée se présente comme un rescapé de sa traversée en mer et de la persécution dont il a été victime dans son pays. Il y a un peu plus d'un an, il entamait un périple pour fuir les dangers auxquels il était confronté.

Sans destination finale, il a fui passant par le Mali, le Burkina Faso, la Libye avant de traverser la Méditerranée à bord d'un bateau pneumatique. Sauvé par le bateau Aquarius, le bateau citoyen de sauvetage, Thomas fait sourire les collégiens en disant que pour lui le vendredi 13 mai est un jour porte-bonheur, c'est le jour de son arrivée dans l'Union Européenne.

Étudiant en tourisme dans son pays et parlant français, c'est naturellement qu'il s'est dirigé vers la France. Depuis juin, il est arrivé à Bordeaux et ne supportant pas l'inactivité, il est bénévole à la Banque Alimentaire. Demandeur d'asile, il espère par la suite pouvoir reprendre ses études.

Émus par son récit, les collégiens n'hésitent pas à le questionner sur les conditions de sa traversée et le choix du pays. Nombreux sont ceux à prendre conscience des risques encourus par le jeune Guinéen pour quitter son pays.

« J'ai échappé à la mort dans le désert, en mer, pourquoi chercher une situation où je me mettrais encore en danger ? », Badour, 26 ans, originaire du Soudan

C'est par une petite chanson et quelques tapes dans les mains que Badour, natif du Darfour (région montagneuse du Soudan) réchauffe l'assistance après le témoignage de Thomas. Il exprime d'abord sa gratitude et son émotion d'être ici.

Dans un pays où plus de 500 groupes ethniques cohabitent et où l'arabe est la langue officielle, certaines tribus sont en rébellion contre le gouvernement au pouvoir. Badour a été marginalisé pendant ses études mais également attaqué par la milice dans sa salle de classe, pour preuve, il montre ses doigts abîmés au public.

Sa jeunesse au Soudan a été marquée par les passages en prison ainsi que la torture. Constamment contrôlé par le gouvernement, Badour a choisi de quitter ses terres, direction la Libye. Il a d'abord été sauvé et accueilli en Sicile. Après trois tentatives infructueuses, la quatrième fut la bonne pour rejoindre la France. Passé par Calais et ses conditions très difficiles, Badour a fait le choix de rester en France : « J'ai échappé à la mort dans le désert, en mer, pourquoi chercher une situation où je me mettrais encore en danger ? » Ayant obtenu le statut de réfugié, Badour suit aujourd'hui une formation dans le nettoyage et le commerce industriel.

Professeur dans son pays, le jeune soudanais est touché de se retrouver en classe avec les collégiens de l'établissement Jules Ferry.


AREVE, une association qui regroupe toutes les bonnes volontés

Si ces témoignages sont possibles, c'est parce que tous ces réfugiés bénéficient de l'aide de l'association AREVE. Son président, Philippe Mora présent lui aussi à la rencontre explique la signification de cette association : association d'accueil des réfugiés en Val d'Eyre. Elle a pour objectif de venir en aide aux réfugiés en recensant les offres de logement, en proposant un apprentissage du français, un accompagnement dans les démarches administratives mais aussi quotidiennes.

Pour son président, l'accueil de réfugiés permet de rencontrer des gens extraordinaires, d'une force incroyable. Pour les familles d'accueil (45 au total), ce réseau est aussi l'occasion de nouer des liens et de partager des conseils. Pour Philippe Mora, « on se découvre en allant vers les autres ». L'association permet à toutes ces personnes qui ont vécu des situations difficiles d'avancer dans leur vie, d'être soutenues et de retrouver une vie quotidienne.


Une sensibilisation aux notions de citoyenneté et de solidarité pour les élèves

En adéquation avec le programme d'histoire mais également d'éducation civique, la conférence du jour est un challenge pour son organisatrice, Florence Georges, professeur d'histoire-géographie. En effet ce thème n'est généralement pas abordé avec un public aussi jeune.

Les collégiens ont exprimé leurs remerciements aux différents intervenants venus partager leurs expériences, aussi difficiles soient-elles à raconter.


Pour aller plus loin :

Association AREVE :
Hôtel de Ville - Place 11 novembre, 33380 MIOS
Mail : Areve33@orange.fr