09/03/2026

L'escrime comme thérapie

Depuis 4 ans, l’association propose des séances d’escrime à destination de femmes victimes de violences sexuelles. Maître d’armes au SAM Omnisports, Raphaël Devillard encadre ces ateliers thérapeutiques. Le protocole, éprouvé au niveau national, repose sur 10 séances annuelles, mêlant pratique du sabre et temps de parole.

« Nous recevons des femmes âgées de 20 à 73 ans. Pour survivre, les victimes de violences sexuelles se sont dissociées de leur corps. C’est un mécanisme de défense. L’escrime permet d’extérioriser une énergie et une colère souvent enfouies, qui rongent l’individu. Elle joue alors le rôle de vecteur thérapeutique : l’opposition, le face-à-face, se fait sans contact, à distance, ce qui est essentiel. Ici, on apprend à écouter de nouveau son corps », précise Raphaël Devillard. Les effets se mesurent aussi après les séances : amélioration du bien-être, reprise d’activités, parfois arrêt de conduites addictives. « On ne guérit pas, mais on vit mieux », résume le maître d’armes.

« De l’apaisement et des ressources »

Béatrice (prénom modifié), 51 ans, a intégré le groupe en 2024, après la résurgence d’un traumatisme ancien.

« J’ai fait 30 ans de psychothérapie. Mon corps savait qu’il s’était passé quelque chose, mais mon esprit a fait une amnésie traumatique. Les ateliers d’escrime m’ont apporté de l’apaisement et des ressources. J’ai compris les mécanismes du trauma et mon rapport au corps et aux autres a changé », confie-t-elle.

Elle insiste sur la complémentarité avec le suivi psychologique : « La psychothérapie reconstruit beaucoup de choses, mais ici, c’est mon corps qui a été réparé. L’escrime a été une soupape et, au bout du compte, un plaisir. Je songe même à m’inscrire en club ».

Comme Béatrice, des dizaines de femmes traumatisées renouent avec leur corps grâce à ATVS33. Un engagement et un sérieux qui valaient bien un trophée. La récompense trône aujourd’hui dans la salle d’armes mérignacaise. « Cette reconnaissance rend notre action plus visible » souligne Raphaël Devillard... alors que les violences sexuelles touchent des femmes de tous âges et restent largement sous-évaluées.

Elles se réparent à la pointe du sabre

Repères

  • En Europe, 1 enfant sur 5 est victime de violences sexuelles (Conseil de l’Europe)
  • En France, 15 % des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles
  • En Nouvelle-Aquitaine, 1079 faits de viols ont été enregistrés par les forces de l’ordre en 2024 (ces chiffres ne concernent que les plaintes déposées)
  • Plus d'informations sur : A.T.V.S