15/05/2026

Quarante ans de développement économique accéléré
« L’ère » Michel Sainte-Marie (1974-2014)

visuel1Michel Sainte-Marie (deuxième à partir de la gauche) et Jacques Chaban-Delmas (quatrième à partir de la gauche), lors de l’inauguration de la direction régionale d’Air Inter en 1991.

Si Mérignac est aujourd'hui l'un des poumons économiques de Nouvelle-Aquitaine, les racines de son développement remontent à l'immédiat après-guerre et aux différents mandats de Robert Brettes (1944-1974). Entre 1974 et 2014, la ville change ensuite carrément de dimension. 
Retour sur la magistrature de Michel Sainte-Marie (1938-2019), l'architecte de la métamorphose.

visuel2Partenariat avec Saint-Laurent du Québec en 2013.

L'héritage économique de Michel Sainte-Marie

En 1974, le député Michel Sainte-Marie, 36 ans, succède à Robert Brettes, « le maire bâtisseur ». Son mandat dure 40 ans et correspond à un cycle de développement économique d'une rare intensité. Si de nombreux acteurs étaient déjà présents à Mérignac — aéroport, Dassault Aviation, Cassous, Cofinoga, Carrefour, Sarget (Cooper aujourd’hui) —, la ville acquiert alors un nouveau statut. De 1975 à 2015, sa population passe de 50 000 à 69 000 habitants (+40 %). Le nombre d'emplois double sur la même période.
Sur le plan économique, les principaux axes de « l'ère Sainte-Marie » sont le renforcement de la zone commerciale (Mérignac Soleil en 1987, étendu en 2014 ; Chemin Long en 1991), la constitution des grandes filières — tourisme d'affaires et services financiers en tête (Laser-Cofinoga, Filhet-Allard et BPCE s'implantent et se développent au fil des mandats) —, et surtout l'essor spectaculaire de la filière aéronautique.

Celle-ci mérite une mention à part : trafic aéroport multiplié par 10 en 40 ans, création de Bordeaux Technowest, sauvetage de la Sogerma, lancement de l'Aéroparc, transfert de la Simmad, implantation de Thales… La filière emploie 10 000 personnes à Mérignac en 2014, dont 3 000 militaires — et 13 000 après l'implantation de Thales.

La géographie économique se transforme également en profondeur : multiplication des zones d'activité (de Cadera en 1980 à Vert Castel en 2011), urbanisation du quartier de l'aéroport, apparition des grands immeubles tertiaires (Greenwich, Pelus Plaza, Côté Ouest…). Sur le plan des transports, la mise en service de la rocade en 1978, l'arrivée du tram A en 2008 (10 stations), puis son extension vers Le Haillan en 2014 marquent des tournants.

Enfin, il faut souligner le rôle déterminant de Michel Sainte-Marie en tant que président de la CUB (1980-1983) et député de la 6e circonscription, membre de la commission de la défense de 1973 à 2012. Cette double casquette lui permet de flécher vers Mérignac investissements publics et centres de décision militaires — notamment dans le cadre du Livre blanc de la défense de 2008. Mérignac était une ville de garnison. Elle devient ville d'état-major.

visuel 3Réunion de travail avec Michel Pétuaud-Létang (au premier plan)

La création du parc club de Cadera (1980)

Historiquement, les activités tertiaires étaient concentrées dans Bordeaux intra-muros. C’est à Mérignac que se développe le premier parc d’activités tertiaires de la périphérie. L’industriel Paul Perrinet, propriétaire de terrains acquis auprès de la famille Margnez, obtient la modification du POS au début du mandat de Michel Sainte-Marie.

Ces terrains étant désormais classés en zone d’activité, il lance l’opération du parc club Cadera (Centre d’Activités Diversifiées de l’Echangeur Rocade Aéroport), dont l’idée lui est venue à la suite d’un voyage aux États-Unis dans les années 60 en compagnie de l’architecte-urbaniste Michel Pétuaud-Létang, qui est depuis cette date l’un des acteurs majeurs du développement de la ville.

La « recette Cadera » repose sur quelques principes simples : la règle des trois tiers (1/3 de bâti, 1/3 de voirie, et notamment de parking, et 1/3 d’espaces verts), des bâtiments indépendants de 800 m², intelligents et écologiques, une construction « en blanc », la proximité d’un aéroport et d’une voie rapide.

La création du parc en 1980 donne un coup d’accélérateur au développement économique de la ville. Avant cette date, Mérignac ne comptait en effet que deux zones d’activité, la zone du Phare et celle de l’Hippodrome, toutes deux créées dans les années soixante, sous les mandats de Robert Brettes. Un an plus tard, plus d’une trentaine d’entreprises y sont implantées.

L’opération, qui prend valeur de modèle par son succès, est financée par la Banque Privée de Gestion Financière (BPGF). C’est une vraie manne (taxe foncière, taxe professionnelle) pour la commune qui marque le début d’une très forte dynamique dans la périphérie de Bordeaux.

visuel 4Inauguration de Mérignac Soleil (1987)

L’ouverture de Mérignac Soleil (1987)

Le 8 septembre 1987, 18 ans après l’hypermarché Carrefour, Michel Sainte-Marie inaugure le centre commercial Mérignac Soleil, réplique de Créteil Soleil (1978), qui s’étend à l’époque sur 53 000 m² de surface de plancher. Le centre est composé à l’ouverture de l’hypermarché Carrefour et d’une centaine de boutiques. Il propose également 4 000 places de parking et emploie 950 personnes.

L’opération est le fruit d’un partenariat entre Sogara, propriétaire et exploitant de l’hypermarché Carrefour, cinquième établissement de l’enseigne à l’époque, les Nouvelles Galeries, propriétaires des terrains voisins et promoteurs de l’opération, et la Ségécé (qui deviendra Klépierre), à qui les deux groupes ont confié la conception, la construction puis la commercialisation et l’animation du centre.

La Ségécé réfléchit ensuite, dès le début des années 2000, à une extension du centre. Un premier projet est rejeté par les riverains en 2006. Un deuxième est validé en 2011 et se concrétise par une extension de 6 000 m² de surface commerciale (une trentaine de boutiques) et la réalisation de deux parkings en silo, pour un investissement colossal de 65 millions d’euros.

visuel 5Avec Gérard Chausset et Michel Vernejoul, maire de Martignas-sur-Jalle.


De la fermeture de la Sogerma à l’Aéroparc (2006)

Le 12 mai 2006, le conseil d’administration d’EADS réuni à Amsterdam, dont le groupe Lagardère et l’État sont actionnaires, annonce la fermeture de la Sogerma, très endettée et très fortement déficitaire. Les 1 050 emplois de Mérignac doivent être supprimés et près de 4 000 emplois liés à la sous-traitance aéronautique sont directement menacés.

Le « feuilleton Sogerma » dure plusieurs semaines et son retentissement est national. Le sujet est régulièrement évoqué dans les journaux télévisés et Michel Sainte-Marie est l’invité de la matinale de Jean-Michel Aphatie sur RTL le 18 mai. Dominique de Villepin, alors Premier ministre, se rend à Mérignac le 23 mai. L’Union sacrée des élus locaux se fait sur le dossier, autour de Michel Sainte-Marie, qui « sonne le tocsin » selon ses propres termes.

Le cœur du métier de la Sogerma, la maintenance aéronautique, est finalement cédé à Sabena Technics, rachetée en 2005 par le groupe TAT, qui annonce dès septembre le maintien de 686 emplois sur site. Sur ces 686 emplois, 517 sont directement repris par TAT pour la maintenance civile et militaire et 171 restent à la Sogerma (EADS), pour la fabrication de la voilure ATR. Les autres salariés bénéficient d’un reclassement au sein du groupe ou d’un traitement social avantageux.

Sur le temps long, l’affaire Sogerma apparaît comme un électro-choc qui sert d’accélérateur au renforcement de la filière aéronautique. Dès 2003, Bordeaux Technowest s’était recentré sur la filière, à la faveur d’un rapprochement avec le Technoparc de Saint-Laurent-du-Québec. L’association de préfiguration de l’Aéroparc est lancée fin 2006. Le CSFA puis la Simmad s’implanteront ensuite dans la BA 106 en 2008, puis en 2011.

Thales viendra à Mérignac (2013)

En 1975, deux usines de Thomson-CSF (rebaptisé Thales en 2000) ouvrent leurs portes dans l’agglomération bordelaise, la première au Haillan, consacrée à l’avionique générale, la seconde à Pessac, spécialisée dans les radars. Le site de Pessac, dont Thales est propriétaire, augmente sa surface d’un tiers en 2002.

Au début des années 2010, chacun des deux sites emploie environ 1 000 salariés, mais le groupe considère que les usines sont désormais vétustes et examine la possibilité d’une réorganisation. C’est en avril 2013 que Jean-Bernard Lévy, le PDG de Thales, annonce aux salariés la décision du regroupement à Mérignac sur un terrain de 15 hectares situé en face de l’usine Dassault Aviation.

L’investissement de Thales dans ce projet est de 220 millions d’euros, soit le plus gros investissement privé dans l’agglomération bordelaise depuis plus de 40 ans (Ford à Blanquefort en 1972). En parallèle, la CUB décide de construire une nouvelle voie de 1,5 km pour desservir le campus, tandis que Dassault Aviation fait construire, la même année, une usine de maintenance hypermoderne pour ses Falcon.

En avril 2014, Michel Matthieu, le PDG des activités avioniques, annonce sa décision de transférer de Meudon à Mérignac la plus grosse partie du centre de recherche et de développement, puis le siège mondial de Thales Avionique. La première pierre du futur campus est posée le 10 avril 2015.
Le campus, dessiné par Jean-Philippe Le Covec, se compose 9 bâtiments sur 60 000 m² de surface de plancher. L’ensemble, livré en septembre 2016, accueille aujourd’hui près de 2.800 emplois.

Inauguration de Filhet-Allard (1991) avec (de gauche à droite) Jacques Allard, Jacques Chaban-Delmas, Michel Sainte Marie et Patrick Allard


Les dates-clés de la magistrature Sainte-Marie : 

  • 1978 : Mise en service de la rocade à Mérignac ;
  • 1980 : Création de la zone d’activité de Cadera ;
  • 1980 : Implantation de l’usine Airborne (20 000 m²) ;
  • 1985 : Implantation de Laser-Cofinoga (BNP Paribas aujourd’hui) avenue Kennedy ;
  • 1987 : Ouverture du centre commercial Mérignac Soleil ;
  • 1989 : Création de Bordeaux Technowest ;
  • 1989 : Aménagement des parcs de Pelus et d’Innolin ;
  • 1991 : Zone de Chemin Long ;
  • 1991 : Ouverture de l’hôtel Mercure Aéroport, dessiné par Michel Pétuaud-Létang ;
  • 1992 : Implantation de Médecins Sans Frontières Logistique ;
  • 1992 : Création de l’Institut de Maintenance Aéronautique (Evering aujourd’hui) ;
  • 1996 : Création du club des entreprises ;
  • 1996 : Inauguration du hall B de l’aéroport (15 000 m²), dessiné par Paul Andreu ;
  • 1999 : Création de Cdiscount à Cadera;
  • 2000 : Implantation à Arlac du campus Océania de Bouygues Telecom ;
  • 2001 : Implantation du siège national de Cultura avenue de Magudas ;
  • 2002 : Transfert du magasin Décathlon au domaine de Pelus ;
  • 2003 : Inauguration du hangar Charles Lindbergh de Dassault Aviation (25 000 m²) dédié à l’assemblage des avions Falcon;
  • 2006 : Crise de la Sogerma et lancement de l’Aéroparc ;
  • 2007 : Implantation de BPCE Assurances (Natixis aujourd’hui) ;
  • 2008 : Implantation du Commandement au Soutien des Forces Armées (CSFA) dans la BA 106 ;
  • 2008 : Mise en service de la ligne A du tram à Mérignac (10 stations) ;
  • 2008 : Livraison des immeubles tertiaires Pelus-Plaza, Greenwich et Côté Ouest;
  • 2010 : Inauguration du Terminal Billi ;
  • 2010 : Première édition du salon UAV Show ;
  • 2011 : Implantation de la Simmad dans la BA 106 ;
  • 2011 : Lancement de Vert Castel ;
  • 2013 : Transfert de la clinique du sport au sein de l’Europôle Santé (sortie 12) ;
  • 2013 : Annonce du regroupement à Mérignac des sites Thales ;
  • 2014 : Extension de Mérignac Soleil ;
  • 2014 : Création de l’office de tourisme numérique Mérignac Capitale Économique, en accompagnement du tourisme d’affaires

 

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