05/11/2026

Réparer plutôt que jeter

Dans l’atelier du 36 avenue Aristide-Briand, depuis 1974, on innove, on invente, on développe de nouveaux outils, on soude… Une annexe de Thalès ? Un fournisseur de Dassault ? Non, mais une autre pépite mérignacaise : Ecocycle, fleuron local de l’économie sociale et solidaire avant l’heure. « On a fondé cette entreprise avec mon frère, Michel, il y a plus de 50 ans. Nous étions alors très inspirés par les idées de 1968 : l’autogestion, pas de patron, la remise en cause de la société de consommation. Notre modèle a évolué mais l’esprit demeure : ne pas jeter inutilement, faire durer ce qui peut l’être », résume Christian Barbier, 75 ans.

Ici, ou dans sa succursale de l’écosystème Darwin, Ecocycle détord les roues, soude deux cadres pour faire un tandem, chauffe un boulon récalcitrant à blanc afin qu’il cède… Pour rénover un vélo, il suffit de piocher dans la réserve : des selles, des jantes, des câbles... un véritable trésor alimenté par des décennies de tri méticuleux, qui fait dire au propriétaire des lieux que « 40 ans pour un vélo, c’est pas vieux ».

« On sauve plus de 7000 vélos par an » 

 

Grâce à ce stock alimenté en permanence, Ecocycle peut réparer à peu près n’importe quelle bicyclette, avec une prédilection pour les Gitane, Peugeot et Motobécane produites dans les années 1950 à 1980. Mais les équipes de Christian Barbier remettent aussi sur roues des vélos électriques et même, dernièrement, le solex de l’ancien président des Girondins de Bordeaux, Claude Bez. « On sauve plus de 7000 vélos par an. Sur 50 ans, j’ai pas compté, mais ça fait beaucoup ! » 

Nombreux aussi les destins forgés dans l’arrière-boutique : « Dès 1976, on a formé la première apprentie mécanicienne de l’Académie. Depuis, on n’a jamais arrêté. On reçoit des jeunes en difficulté d’insertion, des personnes handicapées... On travaille avec la Mission Locale Technowest ou l’Agefiph. J’ai besoin de transmettre et d’aider, c’est comme ça », avoue l’ancien enseignant qui évoque aussi les convictions catholiques de sa famille. Aujourd’hui, il s’apprête à passer le guidon à un ancien apprenti et lui promet un avenir: « À Mérignac, il y a eu un bel effort des différents maires pour faciliter et sécuriser l’usage du vélo en ville. Dans notre activité, ça crée forcément beaucoup de mouvement ». 

Une fois retraité, Christian Barbier ne compte pas changer de braquet: « J’ai le projet de partir dans un village au Togo. Dans ce pays, on pense que le vélo est réservé aux pauvres. Je voudrais leur prouver le contraire et former les femmes à la mécanique. » Après le Talent Mérignacais, peut-être quelques talents togolais...