23/09/2026

Vivian Maier, cette célèbre inconnue

Vivian Maier arpente les rues de New York et de Chicago avec son Rolleiflex, captant anonymes, enfants, passants et scènes du quotidien. Son oeuvre ne sera découverte qu’après sa mort, lorsqu’un collectionneur américain met la main sur plusieurs milliers de négatifs lors d’une vente aux enchères. Depuis, les images de l’artiste ont fait le tour du monde. Introvertie, angoissée, intransigeante quand il s’agissait de son art, cette nounou de profession a photographié l’Amérique pendant près de 40 ans sans jamais connaître la célébrité. Elle termine sa vie dans l’anonymat, malade et désargentée.

 

Scènes de rue et quête d’identité 

Conçue par Anne Morin, commissaire d’exposition reconnue comme l’une des meilleures spécialistes de Vivian Maier en Europe, Anthology propose un parcours en 6 séquences. Le public découvrira ses célèbres autoportraits, ses scènes de rue en noir et blanc, ses images graphiques, ses photographies couleurs, mais aussi des films Super 8 et des enregistrements sonores inédits.

À travers ces images prises entre les années 1950 et 1980, c’est tout un monde disparu qui ressurgit, dans les rues de New York, de Chicago ou de France (dont était originaire la famille de la mère de Vivian Maier). Chaque cliché semble une tentative de l’artiste pour comprendre ce qui l’entoure : la vie, la solitude, la tristesse, la condition animale, les différences de classes, la vanité du rêve américain... Des photos douces, comme lorsqu’elle capte les enfants dans son objectif, plus cruelles quand elle le braque sur les différences entre femmes et hommes, noirs et blancs... Des instantanés d’une époque où l’on ne connaissait ni le droit à l’image ni les selfies. Ce qui n’a pas empêché Vivian Maier de multiplier les autoportraits – son reflet dans une glace, son ombre sur le sable – dans une quête d’identité résolument contemporaine. 

Vivian Maier nous rappelle que la beauté est affaire d’acuité, bien plus que de moyens.

Anne Morin
Commissaire de l’exposition

Entretien avec Anne Morin*, commissaire de l’exposition

Vivian Maier s’est tenue toute sa vie en marge du « rêve américain ». Comment ce statut d’« invisible » nourrit-il son regard ?

Anne Morin : Vivian Maier est en effet en bas de la pyramide sociale américaine des années 1950 et 1960 et en plus, c’est une femme ! Cette double invisibilité lui confère un point de vue unique sur ceux que la société ne juge pas dignes d’être regardés. 
Elle propose une vision inversée de la société américaine du milieu du XXe siècle. Ses portraits révèlent une tendresse et une proximité profondes envers ces femmes, ces hommes et ces enfants relégués en périphérie.
 

Comment avez-vous conçu la scénographie ? 

Anne Morin : J’ai imaginé un parcours qui va du général vers le plus intime. Il s’ouvre sur la rue, son théâtre de prédilection, comme elle l’était pour Doisneau. On y croise les habitants des faubourgs et des quartiers pauvres de New York et de Chicago. Une autre séquence est consacrée à ses autoportraits, sans doute l’un des aspects les plus fascinants de son œuvre. 
Et puis, il y a l’enfance, ce temps du jeu et de l’imaginaire, dont elle a été privée et auquel elle ne cesse de revenir, comme une ritournelle. 
En 1965, Vivian Maier s’aventure vers la couleur et le film Super 8. Son regard évolue, elle change de registre et de format et explore les formes, les textures, la composition. C’est l’époque de sa maturité artistique. 
 

Anthology présente des films Super 8 inédits. Que disent-ils que les photographies ne montrent pas ? 

Anne Morin : Vivian Maier ne filme pas ce qu’elle voit, mais ce qu’elle cherche. Avec sa caméra, elle capte ce qui est sur le point d’advenir. Les films suivent les mouvements de son œil et, quand elle voit l’image apparaître, elle déclenche son appareil photo. 
Ces films sont fascinants : ils nous donnent accès à sa façon de regarder, on est dans sa rétine. Ils révèlent aussi son assurance. Vivian Maier ne faisait pas 20 prises de vue pour une image. Peut-être aussi dans un souci d’économie.
 

Dans une société saturée d’images, où chacun produit et diffuse des milliers de photographies chaque jour, que nous apprend Vivian Maier, elle qui n’a jamais montré son travail ?

Anne Morin : La photographie a été sa « chambre à elle » : un espace de liberté qui lui a permis de construire son identité. Vivian Maier était seule, elle vivait chez les autres, à leur service. 
Son œuvre éclate aujourd’hui au grand jour, car il y a une connivence évidente entre ses « self-portraits » et les selfies contemporains. La crise d’identité qui habite notre temps percute son oeuvre.
 

Comment s’est déroulée votre collaboration avec la Ville de Mérignac ? 

Anne Morin : Dans une parfaite synchronisation et toujours dans le respect de cette oeuvre. La municipalité m’a laissé carte blanche pour rendre compte du travail de Vivian Maier.
 

Qu’est-ce qui vous touche dans cette artiste ? 

Anne Morin : Son intégrité, sa ténacité, sa puissance. Vivian Maier échappe à toute catégorie. Elle représente aussi une belle revanche sur l’histoire. 
 

Si vous ne deviez garder qu’une seule photo, ce serait laquelle ? 

Anne Morin : Une photo de son ombre projetée sur un gazon. On y voit aussi une boule d’arrosage qui reflète son image, comme dans un tableau de Jan Van Eyck. Deux temporalités coexistent dans cette photo sublime et minimale.
 

Que souhaitez-vous que le visiteur retienne en sortant de la Vieille Église ? 

Anne Morin : Que tout est possible ! Vivian Maier nous rappelle que la beauté est affaire d’acuité, bien plus que de moyens. Son parcours est une leçon de persévérance : malgré l’anonymat et les obstacles, elle n’a jamais renoncé. Son œuvre nous invite à affûter notre regard, à le forcer, pour que la beauté surgisse et se révèle.
 

* Robert Doisneau, Berenice Abbott, Saul Leiter... Anne Morin a assuré le commissariat d’exposition des plus grandes figures de la photographie présentées dans les institutions les plus prestigieuses, du Jeu de Paume à Paris au Palazzo Ducale de Gênes ou encore au musée Pouchkine de Moscou. Un nom est désormais indissociable du sien : celui de Vivian Maier.

Mille et une façons de découvrir Vivian Maier 

« Accueillir cette exposition est une chance pour les Mérignacais. Autour de l’oeuvre de Vivian Maier, la Ville a imaginé une riche programmation de médiations destinées aux enfants, aux adolescents et aux adultes. Chaque dimanche, des visites flash donneront des clefs de lecture en 30 minutes. L’autrice et philosophe Sophie Geoffrion animera une visite et un partenariat avec la classe théâtre du Conservatoire a aussi été mis en place pour l’occasion. Des visites seront également proposées aux scolaires et aux collégiens. Sans parler des ateliers d’écriture et d’autres formats pour que chacun s’empare de cet univers selon sa sensibilité. »

Anne Eugénie Gaspar
Adjointe au maire déléguée à la culture, à la mémoire et aux sciences

Informations pratiques

  • Visites commentées, visites flash dominicales, rencontre littéraire, conférences et performances du Conservatoire accompagneront l’exposition.

Plus d’informations sur merignac-photo.com